Festival Les Préférences 2026

Pourquoi Les Préférences ?

Publié en 1961, Préférences est un recueil d’essais dans lequel Julien Gracq livre, avec une liberté totale, ses goûts littéraires et artistiques.
Il ne s’agit pas d’une histoire de la littérature ni d’une critique systématique, mais plutôt d’une promenade subjective, d’un livre-manifeste sur la lecture comme aventure personnelle : Gracq y partage ses inclinations, enthousiasmes et refus — ses « préférences » personnelles.

Tout livre pousse sur d’autres livres, et peut-être que le génie n’est pas autre chose qu’un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et finalement restitue sous une forme inédite non pas le monde brut, mais plutôt l’énorme matière littéraire qui préexiste à lui. 

Julien Gracq

Le festival Les Préférences 2026

Tandis que je planchais, étudiante, sur mon vieil exemplaire de La Méditerranée au 20ème siècle d’André Nouschi – manuel taché, écorné et usé dans l’espoir d’intégrer quelque école normale supérieure -, je me récitais une phrase piochée à la page 158. C’était une phrase ordinaire, très simple: La guerre est terminée en Méditerranée. Et je ne savais pourquoi, sans cesse, elle me revenait.

Peut-être était-ce le vers blanc, l’alexandrin caché, ou cette puissance consolatrice de la fin des batailles. La guerre est terminée en Méditerranée.

Douze syllabes de répit, même momentané, pour une zone tout à la fois changeante et immémorielle, née et morte cent fois, qui porte la mémoire des exils, des passés coloniaux, des

déchirements et du sang. Mais la mémoire est vaste. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte et le

Liban sont des territoires de luttes, mais avant d’être des territoires, ce sont d’abord des terres – des terres qui racontent des histoires millénaires, les berceaux d’identités plurielles, multi-ethniques et multi-religieuses, de langues, de spiritualités. Des terres qui portent des défis, des terres au sens propre, aussi – à préserver, à nourrir, à aimer. Existe-t-il meilleur pont, entre terre et territoire, que la littérature ? Le livre transforme. Et sur les champs de bataille, il gagne sans doute : contre la crudité du réel, rien n’est plus puissant que le langage.

Nous modifions nos terres et en retour, elles nous modifient. Les auteurs conviés à l’édition 2026 des Préférences explorent chacun les transformations profondes que génèrent et subissent leurs lieux, dans un bout du monde en perpétuelle mutation. Ils sont romanciers, poètes, dramaturges,

journalistes. Ils s’intéressent aux narrations des territoires, à leur façon de les rendre visibles par les mots. Ils observent et questionnent les manières de célébrer, de délimiter, de modeler et de dire cette Méditerranée-là, mais aussi comment celle-ci les célèbre, les délimite, les modèle et les dit. Et c’est ainsi que chacun d’entre eux estompe, à sa manière, les limites entre frontières réelles et frontières symboliques. Page après page, de ces terres, ils écrivent la légende. La guerre est terminée en Méditerranée. Pas tout à fait, c’est vrai. Mais il suffit d’un vers blanc glané dans un livre d’histoire pour savoir que la poésie de la terre, elle, est toujours recommencée.

ABIGAIL ASSOR

Abigail Assor

Directrice artistique des Préférences 2026