De la Soudière, Martin

Résidence E.A.C Éducation Artistique et Culturelle – Mars 2021

Martin de la Soudière est ethnologue et géographe (EHESS/CNRS). Il a beaucoup enquêté sur les hautes terres du Massif central et sait mettre en oeuvre les paysages, mais aussi ceux qui y habitent.
Son dernier livre, Arpenter le paysage. Poètes, géographes et montagnards (2019), décrit son périple à travers les Pyrénées et nous invite au voyage.
Il viendra en résidence discuter de ses thèmes de prédilection : la pratique de l’écriture, la campagne et le paysage.

 

« Risquons l’image : le portrait d’un village, c’est un peu comme une vieille photo de classe où l’on distingue, du visage d’un écolier à un autre, autant de ressemblances que de singularités. »
Poétique du village. Rencontres en Margeride,
Editions Stock, 2010

Arpenter le paysage, 2019, éd. Anamosa

Cueillir la montage, 2010, Ibis Press

SES RENDEZ-VOUS

Trois Loire ensemble

Qu’est-ce qui relie Aliona Gloukhova, jeune romancière biélorusse, Jean d’Amérique, jeune poète et dramaturge haïtien, et Martin De La Soudière, ethnologue sensible des montagnes ?

Une soirée exceptionnelle pour les découvrir et les écouter, en ouverture de notre saison 2021.

SES SOUVENIRS 

Quelle Loire ?  

 

         Sous les ponts de Varades et de Saint-Florent, coule la Loire .

         J’aurais aimé, saisissant les avirons de Gracq, descendre comme lui l’Evre et rejoindre le fleuve. Ou retrouver ses émois et jeux enfantins sur la rive gauche. Ou encore arpenter l’île mystérieuse, la Batailleuse. Rien de tout cela n’arriva, je  m’en doutais, je le savais.

         Mais la Loire ne m’était pas inconnue, mais pas celle-ci, car, très en amont, pour moi, homme des enquêtes ethnographiques sur les hauts plateaux de l’Ardèche, elle prend sa source au Mont-Gerbier-de-Joncs. Ecrit par un géographe en 1937, « Dès le mois de février, les neiges du Massif central fondent  dans les plaines ». Ce Val ici en est aussi tributaire, de même que, nombreux, de brefs affluents, Thouet, Aubance, Layon, l’Evre – coucou le revoici. Ces toponymes font rêver !  

         Ce fleuve ? Un chemin d’eau, un trait d’union, un passage entre des amonts (1000 km. ( ?) Ardèche/ Nantes) et un aval, car, je l’ai découvert ici,  il y a autant de Loire que d’étapes, de scansions, de visages dans son destin, à l’instar de son  cours – où elle court, pressée – et s’installe dans son lit – où elle dort – ou fait semblant, mais que d’un œil. Toujours incertaine, déconcertante ; elle est là où ne l’attend pas notamment en période de crues ; introuvable souvent, entre ses bras mots et ses bras vifs, ses branchages enchevêtrés sur ses rives ; on la perd pour bientôt la retrouver, très large, bien dessinée, assagie. « En  période de crue, on cherche vainement le fleuve (le géographe, en 1937). Ce côté capricieux et imprévisible a ses charmes, et de quoi me séduire, on dit d’elle qu’elle est le « dernier fleuve sauvage du pays ».

         Elle attire désormais familles, enfants, simples promeneurs et joggers, quelques barques amarrées, profitant de la promenade Julien Gracq, des guinguettes s’y installent, attirante un peu  comme un bord de mer.

         Sans absolument rien en connaître auparavant, J’ai découvert un fleuve, des fleuves plutôt. On va « à la Loire », presque aux Loire, de même qu’à à Toulouse on dit qu’on va à Garonne », à la manière dont on désigne et qu’on va visiter une personne plutôt qu’un simple cours d’eau.