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Maison Julien Gracq

La façon d’exister d’un silence

Zhu Hong

Pour cette première exposition de l’année, l’artiste nantaise Zhu Hong vous invite à percevoir l’ondulation de l’eau à travers ses dessins. Une exposition poétique en écho aux travaux des écrivains en résidence.

Exposition visible du 30 mars au 10 juin 2022

Zhu Hong s’est installée en France pour enrichir, à l’ENSA Dijon, sa formation de peinture à l’huile. La finesse de ses œuvres engage le regard vers un niveau d’attention accrue, invitant le spectateur à faire un effort pour distinguer les figures. Elle questionne la perception et le sens des images, elle se focalise sur les rapports qu’entretient la représentation avec la temporalité et l’immatérialité, l’espace et son détournement.

Elle est activement engagée dans la création et la publication de livres d’artiste comme Villa des délices, Aile du silence ; son dernier livre 3M2 de lumière a été publié aux éditions Lienart, Paris en 2017.

Elle a exposé dans plusieurs institutions françaises ou étrangères : Musée d’Arts de Nantes, Musée des Beaux-arts de Dijon, Musée de la Roche-sur-Yon, Musée Ziem, Château du Grand Jardin de Joinville, Centre d’Art de Pontmain, The Merchant House, Amsterdam. Elle a participé à des résidences en France et à l’étranger (Centre d’art de Pontmain, Lieu Unique, Pôle international de la Préhistoire, Schloβ Balmoral en Allemagne).

Son travail fait partie de plusieurs collections privées et publiques comme le Musée Ziem de Martigues, les Musées de Sens, le Musée des Beaux-Arts de Dijon, l’Artothèque d’Angers, l’Artothèque de La Roche-sur-Yon, Art Delivery, Nantes.
Elle est représentée par Sinarts Gallery à La Haye.

Réflexions

Zhu Hong prélève, au moyen de la photographie, des reflets et sources lumineuses. Taches de lumières, halos, éclats, irisations : quand la lumière rencontre l’eau, l’image se diffracte. Les couleurs se multiplient, les éventualités s’infinisent*. Les éléments ne s’appréhendent plus que dans l’ondulation de la surface miroitante de l’eau.

Après avoir sélectionné plusieurs clichés, elle vient patiemment faire état de son regard non par la photographie mais à partir de celle-ci pour aller vers le dessin. Ce sont des instants que Zhu Hong fige sur le papier pendant de longues journées après les avoir captés au millième de seconde à l’aide de l’appareil photographique. Capter puis retranscrire. Le geste répétitif consistant à serrer une infinité de traits verticaux les uns contre les autres constitue une trame qui vient déréaliser l’image et tend vers l’abstraction. Parfois le crayon sait se taire, le contraste s’affaiblit pour dissoudre l’image-source en un éblouissement. Patiemment élaborées, ces images sont un éloge au temps qui passe. À la lumière.

Elle n’en adopte pas la touche, ni les couleurs, ni les sujets, mais ce qu’elle fait de la lumière regarde l’impressionisme. De Seurat, divisionniste de la couleur, elle retient (a contrario) les dessins en noir et blanc d’où émergent des formes nées de clairs-obscurs veloutés. Chez lui, les dessins font montre d’une lumière saississante dûe à l’usage du papier vergé – papier possèdant des stries, les vergeures, qui lui confèrent une surface accidentée. Le crayon Conté très gras s’accroche sur les reliefs et fait apparaître le blanc dans les creux. La lumière émane littéralement de la feuille de papier. De cette lumière surgit, par exemple, un nœud noir dans le dessin au titre éponyme**. Un détail qui émane d’un halo. Zhu Hong se fait aussi artiste de l’émanation mais chez elle le nœud a disparu. Point de sujet, point de figure ou presque. Seulement le reflet dont elle éprouve toutes les caractéristiques.

Si d’ordinaire la lumière révèle, ici elle occulte, elle oblitère ou bien elle joue le rôle d’un filigrane qu’il nous faut activer. Image latente. Ce que Zhu Hong appelle à percevoir, ce n’est pas la lumière, ni le dessin, ni la peinture, mais l’impression fugitive, la sensation des infimes changements, la ténuité d’une vibration, une puissance quasi infigurable. Zhu Hong interroge notre perception : jusqu’à quel point ce qui parvient à notre regard diffère de ce qui est devant nous ? Perception versus observation. Pour ce faire, elle éprouve toutes les caractéristiques du reflet. Image réfléchie, image miroir qui répéterait de façon opposée et à plat un espace un réel, c’est aussi une nuance qui apparaît sur la surface colorée de l’eau et qui varie selon l’éclairage. C’est enfin la lumière réfléchie par l’eau des rivières, atténuée, exacerbée. Bien entendu le vocabulaire élaboré ne propose pas la sécheresse d’un inventaire exhaustif mais atteint la fluidité des possibles.

Bertrand Charles, 2018


*Yves Simon, Le voyageur magnifique, Grasset, 1987, page 36
**Georges Seurat, Le nœud noir, vers 1882, crayon Conté sur papier vergé, 31,8 x 25 cm, Musée d’Orsay, conservé au département des Arts Graphiques du Musée du Louvre

Dernière modification le 1er avril 2022