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Maison Julien Gracq

Entretien avec Patrice Pluyette

Auteur en résidence d’octobre à décembre 2020.

Rencontre avec Patrice Pluyette quelques jours avant la fin de sa résidence pour parler de son travail et de son séjour à la Maison Julien Gracq entre octobre et novembre 2020.

Pouvez-vous nous parler de vos écrits, des travaux que vous avez entrepris lors de votre séjour ?
J’ai continué à travailler mon roman, et depuis une semaine j’ai commencé deux autres textes d’un recueil de nouvelles que j’écris en parallèle. J’ai pas mal réfléchi aussi à un recueil de poèmes que j’ai terminé il y a quelques mois. J’ai pu en parler avec Christophe (Christophe Manon, autre auteur en résidence au même moment) qui est poète.

Il y a donc eu un échange avec le deuxième résident pendant votre séjour ?
Absolument, un échange très amical. On s’est vus, on a diné ensemble, on a parlé de littérature, on a dit des choses intéressantes, surtout lui d’ailleurs. Je lui ai parlé des textes en prose poétique que j’écrivais.

Pourquoi ce projet ?
Mon projet de roman était déjà en cours de réalisation quand je suis arrivé ici. La situation de la Maison Julien Gracq amène à la contemplation plutôt qu’à l’action et cela a favorisé l’écriture de prose plus poétique que le roman d’action que je mène. Voilà pourquoi je me suis tourné vers d’autres formes d’écriture, sans toutefois délaisser le roman.

Quelles ont été vos habitudes d’écriture pendant ce séjour ? Aviez-vous un endroit fétiche pour écrire ?
J’ai écrit dans le bureau mis à disposition. J’ai déplacé le bureau contre le mur car je ne peux pas travailler face à une fenêtre, j’ai décroché les cadres du mur, ils me déconcentraient (j’ai besoin d’un mur blanc devant moi pour écrire). J’ai écrit 1 à 3 heures chaque jour au réveil, c’est vraiment là que j’ai fait le travail de production. Ensuite, il y a la lecture et les recherches qui occupent le reste du temps.

Votre résidence a-t-elle changé votre façon d’écrire ou de lire ?
Surement, oui, mais là j’aurais du mal à le dire sans un recul de quelques semaines ou de quelques mois. Ce que je me disais avant de venir ici et en ayant fait la résidence de la Villa Marguerite Yourcenar avant (j’ai enchainé les deux), c’est qu’il y a forcément quelque chose qui va changer, ça va me changer. Ça vous change parce que vous êtes loin de votre famille, vous avez une façon de vivre qui est différente, une sensibilité différente et pas les mêmes habitudes. J’ai été assez sensible à l’univers de Julien Gracq et au fait que ce soit sa maison, j’y ai pas mal pensé. Ça n’a pas directement participé à quelque chose dans ma façon d’écrire mais cela a agi à la manière d’un mentor. Il l’était déjà avant, il l’est devenu encore plus et je pense que dans la vie d’un écrivain c’est important d’avoir des mentors, parce qu’on est seul. Vivre sous la protection de quelqu’un, si j’ose dire, d’une certaine manière c’est important. Les premiers jours, j’étais très fier d’être ici parce que j’avais cette impression d’avoir été choisi par Julien Gracq lui-même, de faire partie de sa garde rapprochée et ça donne confiance en soi.

La moitié de votre résidence s’est passée confinée, celle a-t-il eu un impact sur votre façon de créer ?
Sur la façon de créer non, sur le moral un peu. C’était pas très facile mais heureusement Christophe (Manon) était là, on était deux. Être confiné dans cette grande maison, en plus à Saint-Florent-le-Vieil qui est un village assez calme et de surcroît en novembre avec la nuit qui tombe plus vite, les feuilles qui désertent les arbres, la lumière qui est plus faible : toutes ces choses poussent à une petite déprime. Le mois d’octobre a été un peu plus léger que le mois de novembre. Cela ne m’a quand même pas empêché de créer et j’avais la chance de pouvoir rentrer voir ma famille certains week-ends puisqu’on pouvait se déplacer pour travailler pendant ce deuxième confinement.

Le paysage est un élément important à la MJG, quel paysage garderez-vous en tête quand vous repenserez à la MJG et à Saint-Florent-le-Vieil ?
Certainement les peupliers de l’île Batailleuse. J’aime beaucoup les peupliers. C’est un arbre qui n’est pas à première vue beau, bien que très graphique. Mais il dégage un sentiment nostalgique que j’aime, qui me parle, peut-être parce que sa forme lancéolée prend facilement le vent, comme une voile de bateau. J’ai d’ailleurs un tableau d’une peintre qui avait exposé à la Maison Julien Gracq en Juillet 2019 (Sylvie Danto, Quelques arbres en chemin). Je lui avais acheté un petit peuplier dessiné à l’encre de Chine. Il y a également les bancs de sable de la Loire qui m’ont marqué.

Quel est votre rapport à Julien Gracq et à son œuvre ? A t-il évolué avec cette résidence ?
On ne peut pas dire que j’ai mis à profit cette résidence pour le lire ou le relire. Par contre je me suis procuré beaucoup de ses livres que je n’avais pas, notamment le coffret de la Pléiade et 3 ouvrages dont Le Roi Pêcheur. Comme je le disais à la soirée d’ouverture de résidence, mon rapport à Julien Gracq est fort. C’est quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi, je l’ai découvert en 2006 ou 2007, pendant 3 ans je l’ai lu très attentivement, il m’a accompagné en résidence à la Villa Medicis de Rome où Les carnets du grand chemin, selon moi son meilleur écrit, était mon livre de chevet. Il fait partie des 10 auteurs qui ont compté pour moi et que je continue à lire. Chaque fois que je tombe sur une phrase qu’il a écrite, je suis frappé par sa justesse, sa technique, sa précision, c’est ahurissant.

Avez-vous découvert un.e auteur.e pendant votre séjour ?
J’ai découvert Christophe. Je lui ai acheté 4 de ses livres, j’aime bien ce qu’il fait. Il m’a aussi fait découvrir d’autres auteur.e.s notamment Marc Graciano publié chez José Corti que je vais prendre plaisir à découvrir.

La bibliothèque remarquable de la Maison Julien Gracq a-t-elle été un lieu de découverte littéraire ?
Pour tout vous avouer, je n’y suis pas encore allé mais je compte m’y rendre ce week-end. Avec mes objectifs de travail, je ne voulais pas me disperser. J’avais peur que la bibliothèque me donne plein d’idées, de pistes à explorer or je voulais d’abord travailler mes pistes. Ce qui m’intéresse surtout dans la bibliothèque c’est de regarder ce que Julien Gracq lisait.

Combien de livres pouvez-vous lire en même temps ?
Ça fait un peu prouesse sportive de répondre ainsi mais ça m’arrive d’en lire une dizaine en même temps, que ce soit pour mon travail d’écriture ou pour le plaisir. Là, par exemple, dans mon bureau j’ai une trentaine de livres dont je me sers et que je lis plus ou moins en même temps. Sinon sur ma table de chevet j’en ai une dizaine qui tournent en fonction de mon humeur.

Une découverte autre que littéraire dans le territoire des Mauges ?
J’aurais adoré découvrir davantage le territoire mais cela a été rendu difficile par le confinement. J’ai bien aimé l’Embuscade, le bar/snacking qui fait de la vente à emporter à Saint-Florent-le-Vieil, mais je n’ai pas pu beaucoup en profiter. Je n’ai pas pu aller à Angers. J’aurais voulu découvrir le Parc Oriental de Maulévrier mais il était fermé. J’aurais aimé descendre ou remonter la Loire en bateau mais l’entreprise avait fermé aussi. J’ai quand même pu découvrir l’Evre et la promenade Julien Gracq. Ça m’a beaucoup plus. Je me suis aussi baladé à Ingrandes-sur-Loire avant le confinement. Je n’ai pas découvert autant de choses que je le voudrais mais je pense que je reviendrai dans la région parce que j’adore l’Anjou, je tiens à le dire dans cet entretien, j’ai une fascination pour l’Anjou depuis 10 ou 15 ans. Je ne connais pas très bien ce territoire et je comptais mettre à profit cette résidence pour approfondir mes connaissances mais malheureusement le confinement a rendu le projet compliqué. C’est aussi dû au fait que je suis ici dans une ambiance de travail, concentré, et très honnêtement je n’avais pas trop envie d’aller à Angers ou à Nantes.

Un dernier mot ?
J’ai passé un très bon moment en résidence à la Maison Julien Gracq, l’équipe est super et l’endroit aussi. C’est un vrai privilège, un vrai paradis même si le mois de novembre a été moins facile que le mois d’octobre pour les raisons que j’ai évoquées. Au départ je devais venir en mai et juin, donc le séjour aurait sûrement été différent (il a été repoussé à cause du premier confinement). En tout cas, je garderai cet endroit dans mon cœur toute ma vie et j’ai déjà accroché des images de mon séjour dans mon bureau, chez moi.

Dernière modification le 9 février 2021