Lettre ouverte


Emmanuel Ruben, directeur de l’association qui anime la Maison Julien Gracq, a adressé cette lettre ouverte le 20 septembre à Emmanuel Laurentin, suite à une émission consacrée aux maisons d’écrivains sur France Culture.

Emmanuel Laurentin lui a depuis répondu : un rectificatif sera fait sur les ondes prochainement.

Cher Emmanuel Laurentin, je vous écoutais hier sur France Culture et voici ce que j’ai entendu : « tout a été vendu par ses héritiers de sorte qu’il n’y a plus que le bureau et la chaise de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq. Ça va être difficile… » ! En tant que directeur de l’association Maison Julien Gracq, cher Emmanuel Laurentin, je m’insurge contre cette idée reçue qui nuit beaucoup à notre cause et qui prouve que vous n’avez pas mis les pieds à la Maison Julien Gracq. Non, cher Emmanuel Laurentin, il n’y a pas que le bureau et la chaise (le fauteuil, d’ailleurs, pour être plus précis) de Julien Gracq à la Maison Julien Gracq ; il y a beaucoup plus, il y a l’âme de Julien Gracq, elle est ici, aux bords de la Loire, dans ces lieux qu’il a aimés et habités, dans ces lieux qui ont inspiré toutes ses œuvres, dans ces lieux où il a écrit la plupart de ses livres.

Tous les visiteurs qui viennent ici, tous les résidents qui profitent des conditions idéales de travail dans cette maison, tous les écoliers, lycéens, collégiens, universitaires qui viennent en classe découverte, en séminaire, en visite scolaire à la Maison Julien Gracq pour y rencontrer des auteurs ou des artistes, tous les auteurs qui viennent animer des rencontres ou des ateliers d’écriture avec le public vous le diront : l’esprit de Julien Gracq est ici, et pas seulement l’esprit, pas seulement le bureau et le fauteuil mais aussi les livres, 2500 ouvrages sur les 5000 de notre bibliothèque remarquable qui ont appartenu à Julien Gracq, des dédicaces de René Char, de Le Clézio, de Modiano, d’Octavio Paz, de Kadaré, de Kundera, de Francis Ponge, de Phlippe Sollers, de Pierre Michon, de Pierre Bergounioux, de Régis Debray et de bien d’autres auteurs célèbres ou oubliés, venez ici, nous vous les montrerons... Et nous avons plus que cela encore, nous avons des lettres inédites de Julien Gracq (signées Louis Poirier) adressées à sa famille, nous avons les manuscrits autographes de ses exercices de russe, nous avons des cartes qui lui ont appartenu et qui sont exposées dans la chambre des cartes pour servir d’introduction géographique à son œuvre, nous avons les premières éditions de ses livres dédicacés à ses parents, nous avons les éditions bibliophiles illustrées de ses œuvres signées par des artistes comme Olivier Debré ou Matta, des photos originales de Doisneau, des photos du Prix Goncourt, des portraits de Julien Gracq et de sa sœur Suzanne Poirier, nous avons retracé l’itinéraire d’un écrivain, d’un géographe, d’un enseignant et donnons à entendre la voix d’un homme, nous avons un hectare de jardins suspendus sur la Loire qui ont inspiré son œuvre, nous avons les arbres qu’il a plantés et qu’il a aimés, nous avons la vue qu’il contemplait depuis son bureau en écrivant Le Rivage des Syrtes ou Un balcon en forêt.

Et cela va plus loin, cher Emmanuel Laurentin : nous respectons le testament de Julien Gracq ! Et que dit le testament de Julien Gracq ? Que tout ce domaine légué à la commune de Saint-Florent-le-Vieil (aujourd’hui Mauges-sur-Loire) doit devenir un lieu de « séjour temporaire de repos ou de travail destiné à des écrivains ». Et donc, chaque année, nous accordons des bourses à des écrivains, mais aussi quelquefois à des plasticiens et des chercheurs du monde entier. Et nous allons plus loin : nous organisons des expositions d’art contemporain, des ateliers de lecture à voix haute et d’écriture, nous travaillons avec les bibliothèques, les lycées, les autres associations du territoire, nous organisons un festival littéraire & géographique d’envergure nationale, hier les « Rencontres Gracq », demain « les Préférences », nous créons du lien, en territoire rural, entre les classes sociales et les générations. Julien Gracq aurait été fier de nous, j’en suis certain.

Sortez de l’idéologie de la patrimonialisation à tout-va, cher Emmanuel Laurentin, célébrez ce qui est vivant dans l’histoire et la géographie, relisez les considérations intempestives de Nietzsche, ne tombez pas dans le panneau du grand loto ! L’art et la littérature vivent, se créent, se renouvellent autour de vous, loin de la poussière du patrimoine ! Consultez notre site avant de parlez de nous, venez à la Maison Julien Gracq, je vous y invite, vous pourrez y dormir si vous le souhaitez. « Ça va être difficile », ironisiez-vous à notre propos hier matin, de faire vivre une maison d’écrivain avec une chaise et un bureau. Oui, cher Emmanuel Laurentin, c’est difficile tous les jours, de faire vivre une maison d’écrivain. Mais ce qui est difficile, ce n’est pas de créer, ce n’est pas difficile de créer, de programmer, d’administrer, de partager, de croire dans une cause, ce qui est difficile, c’est de se battre tous les jours pour convaincre les institutions publiques, les collectivités locales et les sociétés privées de nous aider à honorer ce legs et à poursuivre notre objectif. Ce qui est difficile, et même douloureux, c’est d’entendre les journalistes recycler sur les ondes des idées reçues.

Écrivez-moi et venez nous rendre visite, vous êtes le bienvenu.

Bien cordialement,

Emmanuel Ruben
Directeur artistique & littéraire
Maison Julien Gracq

décembre 2018 :

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