Le manuscrit inédit de Julien Gracq

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Mauges-sur-Loire, le 24 juillet 2018

La Maison Julien Gracq se réjouit de l’acquisition par la Région des Pays de la Loire, grâce au soutien du Ministère de la Culture, d’un texte inédit de Julien Gracq. Partnership, signé Louis Poirier, est un manuscrit autographe de 138 pages daté de 1931 qui serait à ce jour le premier manuscrit connu et achevé d’un jeune homme de vingt-et-un ans qui n’avait pas encore choisi son nom de plume et qui ne publiera son premier roman, Au château d’Argol, qu’en 1938. Ce manuscrit est le récit malheureux d’une amitié de jeunesse que Julien Gracq souhaitait amoureuse et où il se dévoile de façon lucide et touchante. Découvrir le premier manuscrit achevé d’un auteur majeur nous attendrit mais nous rend perplexe : rien n’est encore joué, rien ne nous dit qu’il deviendra un écrivain de tout premier plan, il y a encore de l’imitation des grands classiques, des maladresses, des tâtonnements, des formulations qui nous feraient sourire, mais il y a quelque chose qui force l’admiration, une joie déjà de raconter, un plaisir d’écrire, une tension et une volonté de parfaire, d’aller jusqu’au bout. En 1931, à vingt-et-un ans, Julien Gracq, comme il le confiera plus tard à Jean Carrière, ne soupçonnait rien du surréalisme, il n’avait pas encore « rendu sa copie », pour reprendre l’expression de Mauriac, lequel pensait que tout est joué avant l’âge adulte, mais les lectures les plus décisives, celles de l’adolescence, sont déjà derrière lui : Stendhal, Chateaubriand, Jules Verne, Edgar Poe. Julien Gracq a laissé entendre plusieurs fois qu’il ne s’était préoccupé, de vingt ans à vingt-sept ans, uniquement de géographie physique, et qu’il n’envisageait pas d’autre carrière, à l’époque, que celle d’un universitaire. La découverte de ce manuscrit vient un peu bousculer cet autoportrait : Partnership – dont le titre montre déjà le goût de Julien Gracq pour cette langue anglaise qui surgit souvent à l’improviste sous sa plume, comme un clin d’oeil aux happy few – prouve que le jeune Louis Poirier, alors élève à l’École normale supérieure, n’était pas seulement un consommateur de littérature mais déjà un apprenti sorcier qui n’attendait que la révélation du surréalisme dans sa vie pour qu’opère la galvanisation qui fera de lui Julien Gracq, le prestidigitateur des lettres françaises.

Soucieuse de respecter le testament de l’auteur, la Maison Julien Gracq n’est pas un musée et n’a pas vocation à le devenir. Elle est une structure d’accueil d’écrivains en résidence et d’animations littéraires qui rayonne sur tout le territoire régional et même au-delà. La mission première de la Maison Julien Gracq est le soutien à la création littéraire et artistique contemporaine mais elle a aussi une vocation patrimoniale et touristique, qui s’affirme un peu plus chaque année : la Maison est ouverte au public une grande partie de l’année et propose des visites guidées du domaine (chambre des cartes, bibliothèque remarquable, jardins en terrasse, salon de Julien Gracq).

Enfin, la Maison Julien Gracq, répondant à sa vocation pédagogique et scientifique, reçoit toute l’année des scolaires et des universitaires et tient à disposition de chercheurs et de passionnés désireux de mieux connaître l’oeuvre et la vie de Julien Gracq quelques petits trésors acquis grâce au concours de l’Etat, de la région et de la commune : outre les 2500 ouvrages de la bibliothèque issus du legs de l’auteur (dont un grand nombre sont dédicacés), la Maison Julien Gracq présente déjà dans ses collections quelques raretés bibliographiques, la quasi-totalité des coupures de presse originales, un partie de la correspondance de Julien Gracq, des objets de valeur et tout un mobilier ayant échappé à la dispersion des biens de l’auteur. Il serait donc naturel que le manuscrit de Julien Gracq revienne aux sources et qu’il réintègre, sur les rives de la Loire, à Saint-Florent-le-Vieil, le fonds Julien Gracq de la Maison familiale. L’acquisition de ce manuscrit par la Région Pays de le Loire et son dépôt à la Maison Julien Gracq deviendrait la clé de voûte symbolique renforçant le partenariat entre l’État, la Région, la Commune et l’Association.

Emmanuel Ruben
Directeur artistique & littéraire

« Vous ne savez pas la chose que c’est que le visage d’une femme. Vous ne savez pas ce que c’est qu’une voix, des mains, des pas. Vous ne savez pas ce que les hommes appellent la présence. Ce qu’ils appellent le silence, personne non plus ne vous l’a appris. Vous ne savez pas ce que c’est de l’avoir et de ne plus l’avoir, de ne plus l’entendre et de l’entendre, de se dire qu’elle est là et qu’elle n’est pas là... La femme bien-aimée,vous dites que vous l’aimez comme vous-même mais vous ne savez pas ce que c’est que d’aimer une autre que chaque jour c’est la première et la dernière fois que vous la voyez (…) À ma colère feinte contre ses idées, elle répondait en s’amusant par de petites affirmations volontairement sottes puisées dans les journaux et ponctuées de rires et de petits hochements de tête,puis nous nous mettions à rire ensemble, je la plaisantais, elle prétendait m’arrêter avec un Dites donc vous d’une dignité très comique. Puis nous étions heureux comme deux enfants d’avoir tant d’esprit ensemble pour moi, je sentais la joie couler dans tous mes membres et les réchauffer, de la voir me parler (…) Il en va dans le bonheur comme dans la jalousie, comme dans tous les instants extrême de la passion : je l’en aimai davantage. Il me semblait que maintenant la rencontre était complète, que nous nous étions choisis et reconnus à tous les points de l’espace et temps où nous pouvions être ensemble. »

Partnership. Manuscrit autographe signé Louis Poirier, Saint-Florent le Vieil [1931]. 138 pages in-4 sous cahier in-8 à couverture toilée.
Manuscrit haut d’époque d’une écriture serrée, signé par Julien Gracq sur la couverture de son vrai nom Louis Poirier.

Contact presse : Morgane Bellier
accueil@maisonjuliengracq.fr
02 41 19 73 55

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