En état de fiancée

Concert littéraire Anne Bourrel et Gil Non

Pour son 5ème roman qui paraitra en 2017 à la Manufacture de livres, Anne Bourrel a demandé au musicien Gil Non de composer une bande-son originale au fur et à mesure de l’écriture du texte.

Extrait du roman En Etat de Fiancée :
C’est le lendemain que le père est rentré du café accompagné.
Il avait pris habitude, depuis la vente de la propriété, de passer ses journées à boire des coups avec les copains, ses copains. A la maison, il ne s’occupait de rien. Depuis des années, il ne s’intéressait plus à la famille. Quand La Petite lui avait annoncé la date du mariage, à peine avait-il hoché la tête et murmuré une sorte de c’est bien, c’est bien qui avait laissé sa fille dubitative. Le soir, au moment de se mettre au lit, Bertrande l’avait entendu bougonner : mais qu’est-ce qu’ils nous emmerdent à se marier le jour du départ du Tour de France ?
En cette fin d’après-midi d’été, un homme de grande taille en veste de chasse marron le précédait. Bertrande sortait de la cuisine en s’essuyant les mains à un torchon de toile. Ça lui portait soucis, l’histoire de la robe tachée. Elle croyait être parvenue à tout nettoyer avec le produit. La salle à manger était barrée d’un rayon de lumière ocre où dansaient mille particules de poussières. La Petite était là-haut avec son frère, sur la terrasse, en train de mettre la robe à sécher.
Bertrande s’est trouvée nez à nez avec l’homme qui venait d’entrer. Il avait un drôle de sourire pas net. Il lui semblait le connaître mais elle avait beau fouiller dans sa mémoire, elle n’arrivait pas à mettre un nom sur ce visage aux yeux boursouflés.
Quelle mauvaise mine. Un teint presque gris. Des cheveux sans couleur. Une queue de cheval filasse qui cachait mal le dessus dégarni de son crane. Et pas très propre avec ça. Il portait autour du cou un foulard crasseux qu’il n’arrêtait pas de tripoter, un de ceux qu’on ne trouve qu’au fond des magasins de vieux et des armoires à naphtaline. D’un rouge bordeaux délavé, avec des impressions cachemire.
- César. Comme l’empereur, il a dit d’une voix rauque, un peu métallique, la main droite sur la gorge, le bras gauche ouvert en avant.
- César ? César Joubert ? Le cousin Joubert ?
Bertrande ne se souvenait pas qu’il avait une voix si étrange.

Coup de projecteur

Anatole Danto

Chercheur en éco-anthropologie des espaces littoraux et fluviaux, diplômé en ethnologie de l’École Pratique des Hautes (...)

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Fabienne Yvert est auteure, plasticienne, typographe et éditrice. Après une formation aux Beaux-Arts et une (...)

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Sébastien Ménard écrit des livres sur la route, et prend des photos. C’est le site Diafragm qui lui sert de carnet (...)

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