Michel Tournier, visite à Julien Gracq


Après la mort de Julien Gracq en 2007, c’est un autre grand auteur, Michel Tournier, qui le rejoint presque 9 ans plus tard.

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Photo d’Aurélie Pondemer


Jacques Boislève se souvient de ces auteurs et de la visite en 1998 de Michel Tournier à Julien Gracq dans son village natal.

« Il peut sembler, à première vue, très paradoxal de chercher à rapprocher Michel Tournier et Julien Gracq, tant leur pratique de la littérature que leur façon d’écrire et de vivre apparaissent radicalement différentes. Nous avons affaire à deux écrivains l’un et l’autre tout à fait atypiques dans leur siècle et aux oeuvres tout aussi asymétriques : l’une, celle de Tournier, en perpétuelle expansion, l’autre, celle de Gracq, infiniment plus retenue. Il en va de même pour leur écriture, simple et efficace chez le premier qui enchaîne phrase sur phrase tandis que le second donne à chaque phrase une telle densité qu’elle oblige le lecteur, avant de poursuivre sa lecture, à prendre le temps d’en épuiser toutes les richesses. Il y a lieu cependant d’opérer ce rapprochement, d’abord pour cette raison majeure que Tournier tient Gracq pour un très grand écrivain.  ». [1]

En effet, Michel Tournier, admirateur de Gracq écrit ceci en 2006 :

« Mais comment interdire aux membres d’un jury littéraire totalement indépendant de déclarer que ce roman-là, et aucun autre, est le meilleur de l’année ? Il faut se risquer maintenant à définir un art littéraire dont l’extrême richesse est sous-tendue par une unité de ton et d’inspiration évidente car c’est cela qui fait la grandeur de Julien Gracq : La cohérence impressionnante de toute une œuvre à travers la diversité des thèmes abordés. Il faut sans doute remonter jusqu’à Paul Valery pour retrouver une rigueur comparable. Mais qu’elle en est la clef ? (…) Il est avant tout paysagiste, et l’on peut se demander pourquoi ce mot ne devrait désigner que des peintres, alors que les écrivains y ont le droit à coup sur eux aussi. Gracq sait voir dans une ville, une campagne, une forêt, un être vivant, un tout organique ayant une unité presque biologique. L’un de ses traits essentiels, c’est un perception purement spatiale, enfermée dans le temps présent. » [2]

Ces deux auteurs, si différents ou proches soient-ils ont porté la littérature française au plus haut pour le grand plaisir des lecteurs d’hier et d’aujourd’hui.

Notes

[1Jacques Boislève dans son texte Michel Tournier et Julien Gracq : si différents et cependant si proches.

[2Boislève J. (dir.), 303 Arts Recherches et Créations, n° 93, consacré à Julien Gracq, Nantes, 2006, p. 68.

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