Dans les ruines de la carte, l’atelier

Géographie et écriture
samedi 13 décembre
10 h à 12 h 30 puis 14 h à 17 h 30
animé par Emmanuel Ruben
Cartes, parcours, lignes, frontières et écritures

Il est demandé à tous les participants et toutes les participantes de venir à l’atelier avec :
-  De quoi écrire
-  De quoi dessiner, découper, coller (colle, ciseaux, crayons, feutres)
-  Des cartes variées auxquelles on ne tient plus : cartes topographiques usées, vieil atlas en ruines, cadastre, plans de ville, plans touristiques, etc.
-  Le support est libre. L’idéal serait de grandes planches en papier canson (format A2, 42x60 cm) mais l’on pourrra se munir, si l’on préfère, de carnets.
Les cartes seront déchirées, découpées, mises en pièce, ensauvagées. Le but de l’atelier sera de faire surgir l’écriture et/ou le dessin des interstices de la carte.

Note d’intention  :
Nous partirons du postulat que nous, hommes et femmes du XXIe siècle, vivons à l’ère de la grande carte (celle des utopies) en ruines. La question que je me poserai sera la suivante : Que pouvons-nous faire, nous autres (artistes, écrivains, hommes du livre, de la toile et de l’écran) de ces ruines ?

Texte repère  :
En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques.
Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes,
Lib. IV, Cap. XIV, Lerida, 1658
Jorge Luis Borges, L’auteur et autres textes. El hacedor, édition bilingue, trad. Roger Caillois, Gallimard, 1982, p.198

• Principes. Pour une écriture en archipel. Extrait de Dans les ruines de la carte.
Il est important, aujourd’hui, de concevoir l’écriture – l’écriture elle-même, et pas seulement la parole ou la pensée, et même et avant tout l’écriture de roman – comme un archipel.

Voici les principes d’une écriture en archipel, telle que je peux les esquisser aujourd’hui :
J’appelle en archipel une écriture faite d’allers-retours, de va-et-vient, de chassés-croisés – une écriture à sens multiples
J’appelle en archipel une écriture qui explore le labyrinthe de l’esprit et traverse le miroir du corps
J’appelle en archipel une écriture qui sait que la vie est le rêve d’une ombre
J’appelle en archipel une écriture qui sait le réel improbable
J’appelle en archipel une écriture qui sait qu’il n’y a pas de monde un mais des mondes pluriels, innombrables
J’appelle en archipel une écriture qui relie les lieux délaissés et relit les livres oubliés
J’appelle en archipel une écriture ouverte, au plus près du dessin, de l’ébauche, de l’esquisse
J’appelle en archipel une écriture qui consent à recourir à l’image lorsque les mots ne suffisent plus, que cette image soit une photo, une carte, un croquis, un simple trait
J’appelle en archipel une écriture qui se méfie de l’ordre du discours et laisse la place au désordre des voix
J’appelle en archipel une écriture qui multiplie les points de fuite et superpose les échelles
J’appelle en archipel une écriture inquiète et vive, haute en couleurs
J’appelle en archipel une écriture qui pense sans être raisonnée ni raisonneuse – une écriture qui pense de manière intuitive
J’appelle en archipel une écriture qui code et décode, qui noue et dénoue les fils de l’Histoire
J’appelle en archipel une écriture qui coupe, découpe et recoupe, qui décompose et recompose, une écriture qui coud et cicatrise
J’appelle en archipel une écriture qui croît dans les ruines de la carte comme le lichen sur l’arbre mort, comme la parmélie des murailles sur les vestiges de nos villes
J’appelle en archipel une écriture qui creuse des passes et des détroits, des graus et des chenaux, des cols et des gorges, des défilés, des canyons, et qui construit sous la glace du langage tout un réseau karstique
J’appelle en archipel une écriture qui suit les lézardes du temps et s’engouffre dans les fissures de l’espace
J’appelle en archipel une écriture qui perce les brèches de la mémoire
J’appelle en archipel une écriture de l’interstice et de l’intervalle
J’appelle en archipel une écriture qui avance par hoquets et ricochets
J’appelle en archipel une écriture qui trace des ponts et des passerelles
J’appelle en archipel une écriture qui tente de dépasser la dichotomie facile entre continu et discontinu, bloc et fragment
J’appelle en archipel une écriture à l’orée de la prose et du vers, à la lisière du roman et de l’essai
J’appelle en archipel une écriture qui mélange les registres et varie les tons
J’appelle en archipel une écriture qui ne cherche jamais à faire le point mais toujours à relancer la ligne
J’appelle en archipel une écriture qui juxtapose au lieu de hiérarchiser, qui préfère le pêle-mêle aux taxinomies caduques
J’appelle en archipel une écriture qui se défie des mythes de l’origine, du retour aux sources, de la pureté, de l’authenticité
J’appelle en archipel une écriture qui largue les amarres et ne connaît pas de continent
J’appelle en archipel une écriture qui dérive sans cesse mais se souvient de son propre sillage
J’appelle en archipel une écriture désoccidée et réorientée
J’appelle en archipel une écriture qui ne s’engouffre pas dans l’intraduisible sans se laisser bercer par l’à-vau-l’eau du prêt-à-traduire
J’appelle en archipel une écriture à mille lieues des allégeances nationales et des servitudes impériales
J’appelle en archipel une écriture qui ne cherche pas à remonter aux sources improbables de la langue mais qui laisse resurgir en elle les voix venues d’ailleurs et de jadis
J’appelle en archipel une écriture qui sait que toutes les frontières et tous les rivages n’ont pas de fin
J’appelle en archipel une écriture qui sait que tous les peuples, toutes les nations, tous les pays, toutes les races sont imaginaires
J’appelle en archipel une écriture plissée dans tous les sens mais qui ne connaît jamais le confort du repli
J’appelle en archipel une écriture sans racines mais toute tressée de nœuds, qui se diffuse et se ramifie à l’infini
J’appelle en archipel une écriture fractale, haletante, aux bords déchiquetés, qui trace des lignes en zigzag
J’appelle en archipel une écriture hantée par le démon de l’inachevé

Indications bibliographiques (en vrac)
Alexandre Soljénitsyne, l’Archipel du Goulag, éditions du Seuil.
Bertrand Westphal, Le Monde plausible, Minuit, 2011
Camille de Toledo, Vies potentielles, Seuil, Librairie du XXIe s., 2011
Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Plon, 1962
Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Plon, 1955
Claudio Magris, Microcosmes, 1997, trad. Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Gallimard, 1998
Claudio Magris, Utopie et désenchantement, trad. Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Gallimard, 2001
Czeslaw Milosz, Sur les bords de l’Issa, Gallimard, 1956, trad. Jeanne Hersch.
Edouard Glissant, Traité du Tout-Monde, Gallimard, 1997
Georges Didi-Huberman, Devant l’image, Minuit, 1990
Georges Perec, Espèces d’espaces, Galilée, 1974/2000
Georges Perec, Penser/Classer, Seuil, Librairie du XXIe s.
Italo Calvino, Les villes invisibles, Points Seuil
Jorge Luis Borges, L’auteur et autres textes. El hacedor, édition bilingue, trad. Roger Caillois, Gallimard, 1982
Julien Gracq, Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade
Louis Marin, Utopiques : jeux d’espaces, Minuit, 1973
Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Gallimard, Folio
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, 1966
Paul Audi, Créer, Verdier, 2011
Pierre Jourde, Géographies imaginaires, José Corti, 1991
Roger Brunet, Le déchiffrement du monde, Belin, 2001
Roland Barthes, L’Empire des signes, Skira, 1970
Stendhal, Vie de Henry Brulard, Gallimard, Folio classique
Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés ou L’île, trad. Hélène Châtelain, Verdier, 2008
W. G. Sebald, Austerlitz, Gallimard, Folio, 2002 (2001), trad. Patrick Charbonneau
W. G. Sebald, Les Anneaux de Saturne, Gallimard, Folio, 1999 (1995), trad. Bernard Kreiss
W. G. Sebald, Les émigrants, Gallimard, Folio, 1999 (1992), trad. Patrick Charbonneau
W. G. Sebald, Vertiges, Gallimard, Folio, 2001 (1990), trad. Patrick Charbonneau
Yves Bonnefoy, L’Arrière-pays, Skira, 1972

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